Comment je suis tombée amoureuse du village

Chez ma grand-mère, il y avait une rivière avec un petit pont de bois tout modeste. De l’autre côté du pont, c’était le potager et, au bord de l’eau, une dalle de pierre où ma grand-mère à genoux, lavait le linge. J’ai passé presque tous les dimanches de mon enfance bretonne auprès de ce ruisseau. Sans doute est-ce un peu pour cela que j’ai toujours aimé les rivières et les ponts. Et sans doute aussi un peu pour cela que j’ai tout de suite aimé Saint Laurent le Minier. Car, si l'eau est omniprésente sur la commune, on peut dire que les ponts ne manquent pas non plus.

Pont carte

 

Combien de ponts à Saint-Laurent Le Minier?

Avant de m’installer ici au printemps 2007, j’avais lu quelque part que le village était riche de neuf ponts. Puis un peu plus tard, j’entendais parler de treize ponts. 

Quels ponts étaient comptabilisés, et sur quel périmètre ? Il n’en fallait pas plus pour piquer ma curiosité. Et ma manie de collectionneuse m’a entraînée à tenter de répertorier cette passionnante facette du patrimoine de Saint Laurent. 

 

Commençons par le centre du village

Pont 1 à 4

1- “Pont de Chazal” ou “pont de la poste”, sur la Crenze. Il serait le plus ancien pont du village(*). Avant la construction des trottoirs qui longent la rivière, il y avait là, le “gourg de Chazal”: un trou où les enfants (et parfois les plus grands) se retrouvaient pour pêcher le “barbeau-camard”.

(*) Sans avoir pu établir une datation exacte, il semble que certains d’entre-eux ont été construits au XIIème ou XIIIème siècle mais peut-être avant puisque le village ainsi que la nef de l’église existent depuis environ l’an 1000.

2 - “Pont de la place du Jardin”, vers la rue Blanche, sur la Crenze. La place s’appelait autrefois “Promenade du jardin” en référence au jardin du Prieur qui se trouvait là.

3 - “Pont de la Fabrique”, sur la Crenze et le Naduel qui se rejoignent sous le pont. La Crenze passant sous une arche, et le Naduel sous l’autre. Au XVIIIème, la Fabrique était une bobinerie de soie. Et depuis plus de 20 ans, on y fait du cinéma d’animation.

4 - “Pont de la Mairie”, sur la Crenze. Il accède à la mairie et à l’école construite au XIXème quand elle fut rendue obligatoire par Jules Ferry. La mairie était jusqu’alors sur l’actuelle place du Poilu. 

Pont 5 à 8

5 - “Pont du Salet”, sur la Crenze. Il rejoint la place de l’amitié qui s’appelait autrefois la place du Salet. Mais, vers 1980, une délégation de femmes du village qui avaient l’habitude de s’y retrouver pour partager causeries, gâteaux et confitures, est allée voir le maire afin de donner à la place le nom de leur amitié. Dans le prolongement de la place, commence le sentier de l’Oiselette bordé par le valat (ruisseau) de Valdaunis. Et juste au début, à gauche, en contrebas de ce chemin, on peut voir une margelle de pierre où les femmes du quartier s’installaient pour laver le linge.

6 - “Pont du lavoir”, sur le Naduel(*). Le cadastre de 1840 indique le cimetière sur l’actuelle “place du lavoir” et une filature de soie à gauche, de l’autre côté du pont.

(*) Naduel de “nadeuil” (n’a pas d’œil) : terme régional pour nommer l’orvet fréquent à proximité de ce ruisseau, et qu’on prétendait aveugle sans doute à cause de la petite taille de ses yeux.

7 - Pont de Georges et Doreen (pont privé), sur le Naduel. Il y a quelques décennies, le pont menait à l’étable et au poulailler de l’autre côté de la rivière.

8 - Pont canal de Pascale (pont privé), sur le Naduel.

Pont 9 à 12

9 - Pont de Bernard et Nicole (pont privé), chemin des Horts(*), sur le Naduel. En aval du pont, la rivière se séparait en deux, formant un îlot de verdure où les enfants se retrouvaient pour se baigner.

(*) Chemin des Horts ou chemin de Zor ? “Chemin des Horts” semble s’imposer pour l’origine latine du mot “Hortus” = jardin potager. Et qui aurait probablement été raccourci en “chemin de Zor”. Certains disant même: “je vais à Zor”.

Un petit canal surplombe les potagers assurant leur irrigation tout au long du chemin, comme dans presque tout le village.

10 - Pont de Caféto (pont privé), chemin des Horts, sur le Naduel. Il se raconte qu’il n’y a pas si longtemps, le pont menait à la maison des ”Caféto” en raison du caractère matinal de ses occupants chez qui on pouvait boire le café tôt. La maison est aujourd’hui en ruines.

11 - Pont canal, chemin des Horts, sur le Naduel. Construit à l’origine pour acheminer l’eau puis élargi plus tard par une passerelle à mi-hauteur du pont. En contrebas, les jardins sont aménagés sur les traversiers (terrasses) jusqu’à la rivière.

12 - “Pont de Fiz” qui va chez Antoine (pont privé), sur le Naduel.

Pont 13 à 16

13 - Le “Pontet” (“petit pont” en occitan), sur un affluent du Naduel. Juste après le pontet, à gauche du banc et sous le “rocher de Bonhomme”, commence un sentier caché sous les arbres. C’est le chemin de “cure-boussot” : version occitane de “vide-gousset”. Le sentier est étroit, pierreux, accroché à la montagne. Mais je n’y ai vu aucune trace de filous, malandrins ni autres brigands de petits ou grands chemins. 

14 - Le dernier pont sur le Naduel. Il marque la frontière entre St Laurent et St Bresson.

15 - “Pont de l’allée du Château”, sur la Crenze.

16 - A la sortie du village vers le Château, sur le Razal. 

Certains ponts anciens présentent d’un côté une arche et un garde corps en pierre et de l’autre côté, une plate-forme de béton avec une barrière en fer, (exemple : les ponts 16 et 17 sur le Razal. C’est parce qu’ils ont été construits à l’origine pour laisser passer piétons et charrettes. La voie est devenue insuffisante au début de l’ère de l’automobile et a nécessité un élargissement.

Pont 17 à 20

17 - Route de la Combe, sur le Razal.

18 - “Pont du Brouilhet” sur le Razal.

19 - “Le Grand Pont” sur La Vis. Construit au XVème et XVIème siècle puis élargi au XVIIème pour créer les “refuges”. En amont du Grand Pont, la famille de Sarret, premier propriétaire du château, avait construit la “chaussée”(*) puis le pont canal, pour alimenter en eau le château, les jardins et leurs jets d’eau. L’eau était remontée ensuite du pont canal vers le château par l’intermédiaire d’une “meuse” (roue à godets) de 14 m de diamètre. 

Le château ayant été construit à la même époque que Versailles, les jardins ont été dessinés dans le style de Le Nôtre par un de ses élèves.

(*) Mur de retenue d’eau formant une digue ou une cascade. “Pensière”, “Paissière” ou “Païssaiere” en occitan. Ces chaussées jalonnent le cours des rivières du village. Elles ont été à chaque fois construites pour irriguer, produire de l’énergie par l’intermédiaire d’un moulin par exemple ou encore pour atténuer ou déplacer la force du courant afin de préserver la végétation.

20 - “Passerelle de la Papeterie”, sur La Vis. Le site de la papeterie a été exploité dès le XVIIème pour un moulin à papier créé par le propriétaire du château, puis transformé vers 1870 en moulinage de soie, et enfin, de 1925 à 1955, en atelier de la société des Mines des Malines.

Pont 21 à 24

21 - “Pont de Mange-Châtaigne”, sur La Vis. Juste avant le pont, on voit à flanc de montagne les vestiges d’une laverie de minerais (en service entre 1910 et 1926). Et plus en amont, il reste encore la terre rouge des bassins de décantations. 

22 - A l’embranchement vers Saint Bresson, sur la Crenze.

23 - “Pont du Mas du Pré” ou “Pont de Mr Salles” (pont privé), sur la route de Conduzorgues, sur la Crenze. Au XIXème siècle, le Mas du Pré était une filature de soie mise en service par André Salles.

24 - Route de Conduzorgues, sur la Crenze.

Pont 25 à 28

25 - Route de Conduzorgues, sur le ruisseau de Bonnaventure, affluent de la Crenze.

26 - Route de Conduzorgues, sur la Crenze. C’était la route empruntée jusqu’au milieu des années soixante par les mineurs de la Mine des Malines. 

La mine des Malines (“Maline” de “malh” : marteaux utilisés pour casser les minerais) était connue pour ses gisements de cuivre, fer, plomb argentifère et zinc et a été exploitée à différentes époques depuis l’antiquité et jusqu’en 1991. Les minerais étaient transportés jusqu’aux bords de la Vis par des chars à bœufs et plus tard par des câbles. Il y a eu jusqu’à 600 personnes à y travailler.A droite, on peut voir “la Digue” où les résidus de roche stérile se sont entassés à l’emplacement du Mas Crenze : un hameau de 3 ou 4 maisons.

27 - Avant l’embranchement de Saint Bresson-Montdardier, sur un affluent du Naduel.

28 - Route de Montdardier, dans le virage en épingle, sur un affluent du Naduel.

 

Depuis que j'ai écris cet article, l'inondation de septembre 2014 a détruit une partie d'entre-eux :
- le pont de la Fabrique (N°3)
- le pont du lavoir sur le Naduel (N°6)
- le pont de Georges et Doreen (pont privé) (N°7)
- le pont canal de Pascale (pont privé) (N°8)
- le pont canal sur le Naduel (N°11)  

Trois des ponts disparus.

Pont intro

 

Chantal Bossard